ALLOCUTION

'Perspectives sur la Roumanie: des évolutions positives' - ALLOCUTION de Monsieur Adrian Nastase, le Premier ministre de Roumanie - Century Association Club, New York - Le 1er février 2002



Le Gouvernement de la Roumanie a été confirmé par le vote du Parlement de la Roumanie, fin décembre 2000. En assumant sa responsabilité, le Gouvernement de la Roumanie a prouvé incontestablement qui`il a réussi à assurer un fonctionnement normal des institutions publiques de la Roumanie et qu`il agit en concordance avec les principes démocratiques, dans de conditions de totale transparence.

Nous nous sommes assumé la mission d`assurer un bon fonctionnement de la société roumaine au début du troisième millénaire, après une période de récession dramatique, afin de gagner la confiance des Roumains, chez nous, dans notre pays et pour reconstruire la crédibilité des actions du Gouvernement à l`étranger.

Le programme de gouvernance a fixé cinq objectifs majeurs :

- la relance de la croissance et la restructuration de l`économie ;
- la réduction de la polarisation sociale ;
- le rétablissement de l`autorité de l`Etat et de ses institutions ;
- la diminution de la bureaucratie et la lutte contre la corruption et contre la criminalité ;
- la consolidation et l`agrandissement des chances de notre pays d`intégration à l`Union européenne et à l`OTAN.
Les éléments les plus solides qui soutiennent ces affirmations sont :
- les résultats des contacts multiples politiques, économiques et diplomatiques ;
- les appréciations positives des institutions internationales et européennes, des agences de rating et des associations professionnelles.

Après une année de mise en ?uvre de politiques pro-actives, les principaux indicateurs économiques témoignent d`une position améliorée pour la Roumanie :

- la croissance (préliminaire) du PIB a été de 4,9% en 2001, le taux le plus grand de croissance en Europe centrale et de l`est ;
- la formation du capital brut fixe a augmenté de 6% ;
- la production industrielle a augmenté de 8,4% l`année dernière ;
- La productivité du travail dans l`industrie a augmenté de 16,5%, de janvier à novembre 2001 (en regard de la moyenne pour 2000), tandis que le salaire réel a augmenté de 7% ;
- La relance de l`économie a engendré une baisse du chômage de 10% fin 2000, à environ 8% douze mois plus tard. Cette évolution est due, en grande partie, aux stimulants accordés aux PME en 2001 ;
- De janvier à novembre 2001, les exportations ont augmenté de 11,1% par rapport à l`année antérieure et environ trois quarts des exportations ont été effectuées vers les Etats membres de l`OECD. La croissance des exportations avant les événements du 11 septembre était de 15%.

L`une des réalisations les plus importantes concernant les politiques macroéconomiques fut la réduction de l`inflation. L`inflation de l`indice des prix de consommation a baissé de 40% en 2000, à 30,3% en 2001 et l`on estime que l`on parviendra à 22% cette année-ci. Nous avons réussi à nous encadrer dans les paramètres d`inflation fixés avec le FMI, en dépit de la nécessité d`augmenter les prix internes à l`énergie et des effets des prix plus élevés aux produits alimentaires en 2000.

Pour ce qui est des éléments fiscaux, nous avons bouclé l`année 2001 avec un déficit du budget consolidé de 3,5% du PIB, c`est à dire de 0,2% moins que le taux de 4,1% enregistré en 2000.

La stabilité du taux d`échange du dollar américain, face à la monnaie nationale témoigne du fonctionnement sans problèmes du marché interne de devises. En termes réels (compte tenu de l`inflation de l`indice des prix de consommation), le leu a conservé sa position modérée face au dollar américain, de 5% en 2000 et en 2001. Cette appréciation réelle supportable peut soutenir tant la désinflation, qu`une convergence réelle plus accélérée et - grâce à l`ample croissance de la productivité - n`affecte nullement la compétitivité externe de la Roumanie.

Le déficit du compte courant se situe en deça de 6% du PIB, c`est à dire dans les paramètres fixés et reflète les importations plus grandes de bien de capital dues à la tendance ascendante d`investissements ; le déficit du compte courant est, également, financé d`une manière autonome. Les réserves officielles en devises se montent au chiffre sans précédent de presque 4 milliards de dollars (tandis que les réserves en or ont une valeur de 900 millions de dollars), représentant 3,5 mois d`importations, tandis que le niveau des dettes publiques et garanties des fonds publics se montent à 28% du PIB (dont seulement 8% sont des dettes internes). Le payement des intérêts et des dettes externes s`étale jusqu`en 2006, étant modéré et pouvant être facilement couvert.

Quant à l`émission d`obligations souveraines par la Roumanie, elle fut un succès. La dernière émission, en eurobonds pour 7 ans, d`un montant de 600 millions, non seulement remporta trois prix extrêmement importants (en plaçant la Roumanie en position de leader dans ce domaine pour l`Europe, le Moyen Orient et l`Asie), mais, en plus, elle connut une croissance de 200 points de base à partir du moment du lancement. Ce furent des performances supérieures obtenues par des Etats mieux cotés que la Roumanie. Ceci témoigne non seulement du fait que les investisseurs sont conscients de l`amélioration du crédit dont jouit la Roumanie, mais aussi, qu`au milieu d`une période agitée pour les nouveaux marchés, la Roumanie est de plus en plus appréciée pour les progrès enregistrés dans le processus d`adhésion à l`UE et comme un endroit sûr pour les investissements. Plus encore, les taux réels des intérêts pour les emprunts internes et externes ont commencé à connaître une tendance à la baisse.

Ces aspects se sont reflétés aussi sur l`image internationale améliorée de la Roumanie. Les agences de rating ont présenté la Roumanie en 2001 avec un risque plus bas. Standard and Poor`s a relevé l`indice de la Roumanie de B- à B et, chose extrêmement importante, a gardé sa prévision positive. Moody`s a relevé le rating à B2, avec une prévision stable. Fitch IBCA a gardé le rating B, mais elle a changé la prévision, de stable au positif.
La privatisation a avancé, également. En 2001 ont été privatisées 121 compagnies, avec un capital social de 312 millions de dollars. Parmi celles-ci, les plus importantes ont été la Banque Agricole (la troisième grande banque de Roumanie) par le groupe autrichien Raiffeisen et le combinat sidérurgique SIDEX par la firme britannique ISPAT.

Pour ce qui est des stratégies approuvées, les plus importantes privatisations de 2002 et 2003, je mentionne :

- la Banque Commerciale Roumaine (la banque la plus grande encore non-privatisée de l`Europe centrale et la plus grande de Roumanie, avec un quota sur le marché d`environ 30%),
- le combinat d`aluminium ALRO et le fabricant de profils ALPROM,
- 25% du capital social des entreprises du portefeuille du Ministère de l`Industrie et des Ressources, comprenant deux compagnies de distribution de l`énergie électrique, des centrales hydrauliques et des réseaux de distribution des gaz naturels.

Nous avons renouvelé notre engagement de réformer le secteur énergétique par la décentralisation des secteurs d`électricité, de gaz et de pétrole et en entamant des actions destinées à permettre la récupération des coûts par des réajustements de tarifs et par l`accroissement de l`efficacité.

Au début de cette année, nous avons relevé à 33% le seuil d`ouverture au marché pour l`énergie électrique, conformément au programme de privatisation de tout le système de distribution de l`électricité jusqu`en 2004 ; quant à la production d`énergie électrique, le seuil fut fixé à 40%. Pour le secteur hydro, nous envisageons la privatisation par le système BOT (Build Operate Transfer) ou bien par partenariat public-privé.

- Conjointement avec la Banque Mondiale, nous préparons la privatisation de la plus grande compagnie pétrolière de l`Europe centrale et de l`est : PETROM, qui a, y compris, des activités sur des plates-formes marines et qui est présente non seulement en Roumanie, mais aussi en Asie centrale.

Pour 2002 et 2003 le Gouvernement est décidé d`adopter des mesures destinées à la consolidation la relance économique, mais qui, dans le même temps, donne une impulsion au processus de restructuration et de privatisation et fasse accélérer les négociations d`adhésion à l`UE. Le Gouvernement a approuvé déjà une série de mesures destinées à réduire la bureaucratie et à mettre en place un milieu plus amical pour la communauté des affaires.

Le scénario de base prévoit une croissance du PIB entre 4,2% et 5% pour les deux années à suivre, avec une baisse constante de l`inflation, de la valeur estimée de 22% en 2002, à une valeur inférieure à 10% en 2004-2005.

Le programme économique pour cette année prévoit une croissance réelle de 9,7% des investissements et une baisse du déficit fiscal à 3% du PIB. Nous bénéficions en continuation du soutien du FMI et de la Banque Mondiale pour cette période ; un nouvel accord stand-by a été conclu avec le FMI pour une période de 18 mois en octobre 2001 ; un nouveau programme PSAL II, qui couvre la réforme dans le secteur financier, la protection sociale, le milieu des affaires, la privatisation et le secteur énergétique a été négocié avec la Banque Mondiale et devra être approuvé par le board.

Il est aussi à souligner que, au fur et à mesure que les négociations avec l`UE avancent, l`économie roumaine et les réglementations qui la concernent, deviennent de plus en plus compatibles avec celles des économies des Etats membres de l`UE (la Roumanie a bouclé 17 chapitres des 31 nécessaires pour la conclusion des négociations d`adhésion à l`UE ; on envisage l`accélération substantielle du processus d`Adhésion à l`UE par l`ouverture de la majorité des chapitres en 2002).

Mesdames et Messieurs,

La lutte contre la corruption représente un de nos objectifs politiques les plus importants. Nous avons assisté, durant les années de la transition, aux faillites de banques et de fonds mutuels, à la suite desquelles un nombre important de déponents ont perdu leurs économies. Nous avons vu que ce ne fut pas le marché qui a généré de tels cas de corruption et de fraude.

En décembre dernier nous avons révisé la législation bancaire et nous l`avons alignée aux dernières règles approuvées par le Comité Basle, renforçant, notamment, les fonctions de suivi de la banque centrale. En février, nous allons amender les lois concernant les marchés de capital et de papiers de valeur. Nous avons imposé la transparence dans les acquisitions publiques et ans la privatisation, en concordance avec les standards de l`UE.
En janvier, le Gouvernement a mis sur pied le Parquet National Anticorruption, visant à prendre des mesures fermes, coordonnées par une seule autorité, contre de telles pratiques.

Dans le cadre du système juridique a été entamé un processus d`auto-évaluation, destiné à éloigner les magistrats qui présentent le risque d`être corrompus. Par conséquent, ont été délivrés 25 mandats, ont été émises 5 décisions d`ouverture de la poursuite pénale et 4 magistrats ont été traduits devant la justice.

- L`approbation du plan d`action pour la réduction des procédures d`enregistrement : après la création du Bureau unique pour l`enregistrement des firmes, nous sommes en train de préparer un service similaire pour les investisseurs étrangers. Le projet de loi est à présent remis aux ministères compétents en vue de son approbation.
- On a remis au Parlement des projets de loi pour la révision du taux de la TVA et des taxes sur le profit ; ces lois prévoient des procédures universelles, plus transparentes, ainsi qu`un remboursement plus rapide de la TVA pour les opérations qui le supposent, accompagné de la simplification des procédures et de réduction de la fiscalité.
- Les garanties du Ministère des Finances Publiques ont été reprises par le CNVM ; les crédits dépassés seront traités sur le marché, dans des conditions de totale transparence.
- Les ministres et leurs adjoints n`ont pas la permission de faire partie des Conseils d`administration des différentes compagnies.
- E-commerce est devenu obligatoire pour les acquisitions publiques, sauf aux cas où les ententes avec les établissements financiers internationaux exigeraient d`autres règles.

Dans le même domaine de préoccupations, nous allons amender, cette année, la loi de la faillite. Elle facilitera et simplifiera les procédures de sortie du marché.

Indubitablement, nous souhaitons amener des améliorations au milieu des affaires ; de ce point de vue, nous avons des relations d`étroite collaboration avec le Conseil des Investisseurs Etrangers de Roumanie et avec AmCham ( la Chambre américaine de Commerce de Roumanie). Le Gouvernement a approuvé déjà un programme d`action politiques destinées à réduire la bureaucratie et à mettre en place un milieu plus amical pour la communauté des affaires

Les progrès enregistrés dans la consolidation du milieu des affaires, également, présentent un certain intérêt. Ils concernent la simplification et la systématisation de la législation, l`amélioration du système de réglementation et de suivi, y compris dans le domaine financier plus large.

En vue d`améliorer les conditions du marché, le Gouvernement a imposé en 2001 deux séries de mesures :

- l`encouragement des PME,
- des facilités accordées aux investissements d`un montant de plus d`un million de dollars.

Les PME bénéficient de : réduction des taxes douanières pour l`importation de machines-outils, la réduction de l`impôt sur le profit et de traitement préférentiel aux appels d`offres pour les actifs des compagnies d`Etat. A la suite de ces facilitations, en 2001 ont été créées 20.000 nouvelles PME.

Pour les investissements plus importants, les facilités prévoient la baisse des taxes douanières, des exonérations fiscales pour les nouveaux investissements. A partir de la moitié de 2001, 58 investissements importants, d`un montant total d`environ un demi-million de dollars ont demandé des facilités dans le domaine de la chimie, de l`industrie pharmaceutique, des gaz naturels, des communications et de la TI.

Le montant des investissements étrangers directs a augmenté à 7,4 milliards de dollars fin octobre 2001. Les chiffres préliminaires pour 2001 indiquent un influx d`investissements étrangers directs estimé à environ 1,2 milliards de dollars, auxquels s`ajoutent des investissements de portefeuille d`environ 600 millions de dollars.

Une série de facilités complémentaires ont accordées à l`industrie TI, ainsi qu`aux parcs industriels. Je ne pense pas qu`il soit encore besoin de mentionner que la force de travail des ces zones compte parmi les plus qualifiées.

2002 représentera pour la Roumanie une année aux projets massifs d`infrastructure : des autoroutes ; production et distribution d`énergie électrique, accompagnées d`une plus large ouverture du marché pour la téléphonie fixe.

De notre point de vue, la gouvernance dans le domaine économique sera souple, pro-active et orientée vers des résultats concrets. Nous avons un objectif très clair : mettre en place une économie compétitive, reposant sur l`information, à même de soutenir les aspirations du peuple roumain d`adhérer à l`OTAN et à l`UE.

Nous sommes parfaitement conscients des deux options dont nous disposons : (1) continuer la privatisation et attirer des investissements accrus ou (2) stimuler la croissance par une consommation plus accentuée. La privatisation ne produira ses effets attendus en ce qui concerne la croissance immédiate du PIB, tandis que la consommation en est capable ; malgré cela, la restructuration est retardée et le danger d`un déficit du compte courant plus grand augmente parallèlement la difficulté de maintenir une désinflation rapide.

Par conséquent, nous avons pris la décision d`accélérer la privatisation des compagnies d`Etat existantes, afin d`assurer la discipline financière de ces compagnies et pour diminuer l`effet négatif d`un management défectueux sur le budget.

Mesdames et Messieurs,

Le Gouvernement a changé fondamentalement l`approche de la réforme, tant du point de vue du management, qu`en ce qui concerne la vitesse du processus, compte tenu des objectifs fixés pour le sommet de Prague. En 2001 nous avons implanté 17 des objectifs concernant le Partenariat Roumanie - OTAN, en regard de 5 seulement, en 2000.

Par rapport aux estimations de 2000, l`analyse des activités de la Roumanie visant la préparation de l`adhésion à l`OTAN, élaborée par le secrétariat général de l`Alliance, a mis en évidence une attitude favorable, ainsi que des résultats positifs.

Le troisième cycle du Programme annuel d`adhésion à l`OTAN a été rendu public en octobre dernier et il fut apprécié pour la cohérence des actions proposées. La Roumanie fut le premier candidat à avoir déposé ce document au Secrétariat de l`OTAN, à la suite des consultations avec les membres de l`Alliance. Depuis le début de 2001, furent prises des actions destinées à l`amélioration du management des forces armées et les efforts d`intégration dans les structures euro-atlantiques ont été intensifiés.

Par conséquent, en 2001, l`armée a réduit ses effectifs de plus de 4100 officiers, y compris 44 généraux.

Dans le même temps, a été mis sur pied un système de compensations, de reconversion professionnelle et de conventions avec les agences d`Etat pour les personnels de l`armée dont les postes ont été supprimes.

Notre réaction aux attentats terroristes du 11 septembre a été sans équivoque. Nous avons mis à la disposition de la coalition internationale antiterroriste l`espace terrestre, aérien et naval de la Roumanie et nous avons lancé l`offre d`y contribuer avec des forces armées, ce qui témoigne de notre capacité d`agir en tant que membres de facto de l`Alliance. Le rôle du Président de la Roumanie, le rôle du Parlement et celui du Gouvernement ont été essentiels et la position de la Roumanie a été appréciée par l`OTAN et par les Etats-Unis.