ALLOCUTION
Allocution du Premier ministre, Monsieur Adrian Nastase au lancement officiel du programme
„Le Système éducationnel informatisé - une chance pour la Roumanie” - Collège national „ Saint Sava”, le 20 mars 2002
Madame la ministre,
Monsieur le rédacteur en chef,
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie beaucoup pour l`invitation que vous m`avez faite, monsieur le rédacteur en chef. Le journal 'Adevarul', à mon sens, a eu une initiative exceptionnelle en prenant cette décision de se pencher sur un sujet qui, peut-être n`est pas le sujet le plus brûlant de la journée d`aujourd`hui, mais, comme vous venez de le souligner, il peut donner un signal très clair de modernisation, de développement dans notre société. Cette tendance est d`autant plus importante qu`il est indubitable que nous nous déplaçons d`un certain type d`apprentissage, de communication, vers une zone qui est profondément modifiée en bien, peut-être aussi en mal, par l`apparition de l`ordinateur.
Mais l`ordinateur risquait et risque encore d`approfondir davantage le fossé, une certaine différence sociale et supprimer l`égalité des chances pour ce qui concerne l`éducation. Dans la mesure où les ordinateurs resteraient uniquement à la maison, à la disposition des enfants des familles aisées, en tant que modalité privilégiée d`accès vers le monde des informations et du savoir, de toute évidence, le risque de super-polarisation est toujours présent. Il est dû au monde où nous sommes entrés et au modèle économique et social qui caractérise la période postérieure à la Révolution et ce risque aurait pu produire une différence encore plus accentuée entre les enfants, avec des influences négatives sur leurs évolutions intellectuelles et professionnelles.
Nous sommes ici dans l`une des meilleures écoles du pays où, probablement, le problème du risque de l`accès aux informations et évolutions intellectuelles, se pose moins qu`ailleurs, mais réfléchissons aux écoles du milieu rural notamment, affectées parfois aussi par les conséquences inévitables de la réforme de l`enseignement, du manque de qualification des enseignants, dans certains cas. Or, par l`emploi de plus en plus large des moyens informatisés, la formation de ces élèves n`est plus affectée par l`insuffisance des moyens et de ressources générant l`inégalité de fonctionnement et de qualité de l`enseignement pré-universitaire parce que, par la biais de l`ordinateur, n`importe quel de ces élèves peut entrer directement en liaison avec le monde des informations, avec l`univers et ceux qui visent la performance, ceux qui ont la curiosité intellectuelle, ceux qui souhaitent travailler dans ce domaine auront, sans doute la possibilité d`aller plus loin.
C`est pourquoi je dirais que le principal élément de cet effort est, sans doute, la modernisation dans l`espace de l`information et de la communication et un second effet est celui social, parce qu`il ramène l`égalité des chances en tant que fondement du système d`enseignement.
Ce que le monde d`aujourd`hui nous propose est certainement un autre univers, que nous devrons accepter et le ramener plus près. Dans trois ans, tout au plus, le tableau noir traditionnel sera remplacé, d`autres modalités d`enseigner vont catégoriquement faire leur apparition, il y a déjà des softs qui permettent une meilleure relation en classe pour ce qui est de l`instruction des enfants et la possibilité de dérouler différents programmes éducationnels.
Ne nous faisons pas d`illusion que nous sommes les seules à nous occuper de ce domaine. Il y a, à ce propos, un intérêt extraordinaire au niveau de l`Union européenne et les efforts que nous que nous faisons dans tous les domaines de nous connecter sur la même fréquence d`onde avec les pays de l`UE doivent être bien évidents ou plus évidents encore dans ce domaine.
C`est pourquoi, comme je l`ai remarqué, d`ailleurs, aux réunions auxquelles j`ai participé récemment dans le cadre de l`UE, 'une société informationnelle pour tous', l`initiative INVIRO,signifie, en grande partie, le programme de modification de mentalité, cette fois, au niveau de l`UE. Il s`agit d`une autre manière de culture et de civilisation, reposant, malheureusement, moins sur le livre et davantage sur l`image.
Nous sommes ici dans l`un des endroits les plus nobles d`une école dont l`enseignement s`est beaucoup basé sur l`utilisation des livres et l`acquisition des connaissances par le biais de la lecture. D`une certaine façon, c`est un paradoxe de parler de ce sujet juste ici, dans cette bibliothèque où, il y a très longtemps, je participais au célèbre Cénacle littéraire du lycée. C`est dans ce cadre-là que j`ai publié même des vers, non pas très réussis, mais, heureusement, j`ai le mérite de m`en avoir vite aperçu. Le paradoxe c`est que nous discutons ici non seulement du monde d`hier, mais aussi du monde de demain, acceptant que la vie continue d`avancer et que ces modalités d`apprentissage, d`acquisition des connaissances, ne cessent de changer.
Je me rappelle que, lorsque je travaillais à l`Institut de recherches juridiques, l`une de mes activités quotidiennes était d`introduire des fiches d`un quart de feuille A4, dans toutes sortes de cassettes : je faisais de fichiers. C`est une distance tellement longue de la manière dont j`ai appris - je parle de ma génération - et ce que nous voyons aujourd`hui, que je me sens un peu comme bien des gens de mon âge, quelque peu désemparé, déraciné dans un monde qui a élargi de plus en plus ses frontières par le biais des ordinateurs.
Quelle est maintenant la situation en Roumanie ? Des fonds budgétaires de 2001 ont été déjà achetés 120 réseaux d`ordinateurs, formées d`un serveur, 25 stations, un scanner une imprimante et accessoires de réseaux pour la connexion à l`Internet. Ce que vous venez de voir ici au Collège, dans la salle située à l`étage, ce genre de réseaux, nous les avons en 120 lycées, pratiquement dans tout le pays. Il ne s`agit pas des ordinateurs que nous aurions abandonnés dans différents endroits du pays, mais bien de ces réseaux de 25 ordinateurs. On peur organiser les classes et chaque élève aura la possibilité de travailler à un tel ordinateur. D`autre part, ces ordinateurs sont équipés de programmes éducationnels appropriés, autrement on aurait risqué que les élèves se mettent à utiliser l`ordinateur seulement pour des jeux.
Ce réseau implanté dans les lycées, aux programmes éducationnels auxquels on a longuement travaillé, dispose aussi des possibilités de connexion à l`Internet. Il s`agit, par conséquent, d`une micro-unité informatique capable véritablement de permettre un enseignement de qualité. En 2001 ont été achetés, grâce à un prêt de la Banque Mondiale, 2573 PC Pentium IV pour le système de gestion administrative des écoles et ils sont, pratiquement, connectés à l`Internet. Des mêmes fonds, les Directions départementales d`enseignement ont été dotées de 144 ordinateurs utilisés pour le contact avec le Ministère de l`Education. L`effort financier fut considérable, mais, de cette manière, nous avons voulu introduire ces réseaux d`ordinateurs non seulement pour l`instruction à l`école, mais aussi, même pour le fonctionnement et la gestion du système d`enseignement.
Les avantages de l`utilisation de la nouvelle technologie, par le système d`instruction informatisée, sont multiples. Les élèves seront capables de traiter des processus complexes, de résoudre des problèmes, de prendre des décisions afin de s`adapter aux situations en changement permanent, pourront développer les habilités nécessaires et acquérir un langage supplémentaire.
En regard aux bases classiques, aux langues étrangères, que les élèves apprenaient traditionnellement, afin de s`adapter au monde extérieur, le langage de l`ordinateur est, pratiquement, un autre abécédaire, une autre manière de communication avec les autres. Sans doute, sur un marché européen du travail, qui connaîtra, en Roumanie aussi, une compétition très dure, une formation systématique dans le domaine des ordinateurs signifiera un avantage comparatif que nous devons offrir à nos élèves en vue de cette future compétition.
Les simulations sur l`ordinateur auront un rôle important, elles donneront la possibilité aux élèves d`étudier non seulement le monde réel, mais aussi le monde virtuel, ils pourront commencer à chercher des variantes et, notamment, des solutions. Ce que l`on a reproché à l`école roumaine le long des années ce fut qu`elle s`était trop basée sur l`éducation générale : les élèves parvenaient à lire à la bibliothèque un tas de romans de Balzac, lisaient énormément ce que d`autres avaient fait, ayant moins de temps pour imaginer et faire eux-mêmes quelque chose et commencer à entrer dans le monde de la compétition, le monde des nouvelles idées. Naturellement, tous ces concours télévisés, genre : 'celui qui sait, gagne' - quand a commencé la guerre de Troie ?; quand fut conclue la paix de Westphalie ? etc. - sont importants, mais nous leur avons attaché une importance plus grande que ne l`avaient fait les Américains ou d`autres et, par voie de conséquence, la proportion entre les données concernant le passé et la réserve de neurones nécessaire pour imaginer des solutions pour l`avenir fut insuffisante. C`est une question à laquelle l`enseignement roumain devra, sans doute, réfléchir, il sera amené à y prêter beaucoup plus d`attention.
Le problème de ce système informatisé, en fin de compte, est qu`en supprimant en quelque sorte les libertés, il a commencé, d`une certaine manière, à porter atteinte au rôle du professeur. Que cela nous plaise ou non, l`ordinateur devient lui-même un enseignant, il commence à guider le processus d`enseignement. Il y a quelque temps on parlait des bénéfices de l`enseignement à distance, mais actuellement, ce processus de travail avec l`ordinateur nous obligera à réviser, finalement, même le système, la relation entre le professeur et l`élève. Il sera, probablement, besoin de plus de formation individuelle, d`une plus grande attention, afin d`offrir à chaque élève une formation, en quelque sorte, personnalisée, une série de programmes à même de le faire avancer, parce qu`en définitif le problème essentiel de notre vie c`est de choisir. Choisir, disait - me semble-t-il - La Rochefoucauld, il y a un bon nombre d`années, c`est l`opération humaine la plus douloureuse, parce que choisir une variante suppose laisser de côté les autres. Sur l`Internet, lorsqu`il faut choisir, en naviguant, l`une des voies à suivre, on en laisse de côté de nombreuses autres, pour pouvoir aller jusqu`au bout de celle que l`on a choisie ; une fois y arrivé, on peut, naturellement, revenir au commencement, mais déjà, une période de temps sur laquelle on ne peut plus revenir s`est écoulée, elle ne peut plus être raccordée à l`existence. Il y aurait beaucoup de choses à dire la-dessus.
Je voudrais conclure en soulignant le mérite de Mme la ministre Andronescu (la ministre de l`Education et de la Recherche - ndrl), qui, toute frêle qu`elle a l`air, c`est l`un des plus redoutables combattant du Gouvernement et j`espère qu`elle réussisse à s`entendre avec les syndicats de l`enseignement, mais au-delà de cette question, j`estime que le choix fait par le Ministère fut juste. La somme que nous allouons à l`enseignement est une somme globale, celle prévue par le Budget pour l`enseignement, à savoir 4,1% du PIB. Cependant, la somme algébrique des composantes de l`enseignement est très simple : investissements, dotations, salaires pour les professeurs. On en peut modifier l`une ou l`autre, mais en affectant les autres. Le Ministère a mis l`accent particulièrement sur les investissements et j`ai donné quelques exemples : pour la réparation des écoles ont été investis environ 5 milliards de lei l`année dernière.
Naturellement, il reste à résoudre le problème des salaires et là c`est une question qu`il faut aborder avec une très grande attention. C`est qu`il faut décider en sorte que les professeurs aient, en effet, un statut digne, mais je pense que, en réfléchissant à la réforme de l`enseignement dans le nouveau contexte, nous pouvons aussi mieux voir la manière dont on peut faire une meilleure répartition des sommes allouées à l`enseignement pour les salaires à un nombre, peut-être, plus réduit, de professeurs. Force est de voir également, si les normes scolaires de 14 heures hebdomadaires, 16 heures ou 18 heures, dans certaines conditions, peuvent encore être acceptées en ce moment. Il faut, peut-être réviser la relation entre le nombre d`enseignants pour mille élèves, faire une comparaison avec ce qui se passe dans ce domaine dans d`autres pays. J`ai eu la curiosité de regarder ces donnes et je pense que notre devoir, celui de ceux qui voulons que l`enseignement roumain soit performant, est d`y veiller attentivement, de chercher aussi des solutions à l`intérieur du système, non seulement en dehors de lui. De notre point de vue, nous manifestons toute notre disponibilité pour discuter des formules éventuellement meilleures.
Pour en finir, je voudrais revenir au projet du système informatisé d`éducation, que je considère l`un des projets de réforme réelle, même si, à l`heure actuelle, il ne signifie pas grand chose. Cependant, en fin de compte, il se retrouve multiplié dans les attitudes et la mentalité qui sont en train de se forger. J`au vu dans des écoles de différentes localités du pays qu`au moment où les élèves rentrent chez eux et racontent ce qu`ils font à l`école, parlant des ordinateurs auxquels ils travaillent, ils vivent un moment absolument remarquable, aux conséquences bénéfiques non seulement dans le monde de l`école, mais aussi dans la relation parents-enfants.
C`est pourquoi, je me demande si nous, à notre âge, nous pouvons nous adapter à ce monde, je crains que nous ayons de grosses difficultés ; nous autres aimons encore publier des livres, toucher la feuille de papier et conserver encore le sens de la bibliophilie que j`ai bien peur de voir délaissée par ceux qui se forment aujourd`hui. Nombre de ces livres vont rester, avec le temps, strictement dans les bibliothèques, certains même sans en être feuilletés.
Nous nous trouvons face à un monde nouveau, vers lequel nous devons ouvrir les fenêtres des ordinateurs pour tous les enfants des Roumains. Le projet dont nous sommes en train de discuter est justement cette offre, justement cet effort, fait par les gens plus âgés pour les plus jeunes, afin que ceux-ci aient de meilleures chances de se débrouiller dans la vie.
Je voudrais vous assurer que ce que nous avons fait ces quelques mois ne représente pas un projet achevé, mais les recherches que nous avons effectuées, les initiatives que nous avons pu mettre en ?uvre, à partir d`un budget, cependant, assez réduit.
Je tiens à remercier, particulièrement, nos partenaires à ce projet - les firmes de hard et de software - qui ont réalisé ce que nous, au niveau politique, ne réalisons pas aussi facilement, le consortium. Au niveau de business, l`idée de consortium pour la mise en ?uvre d`un but commun sur la formule win/win est beaucoup plus facile à organiser, probablement, justement grâce à une culture en quelque sorte différente, reposant sur différents genres d`expériences.
Naturellement, la question du financement reste encore un problème délicat, mais je suis persuadé que nous allons trouver les formules nécessaires les meilleures, que ce soit des formules d`allocations budgétaires, de leasing ou, enfin, des fonds en provenance de l`étranger pour la réalisation de ce projet qui est l`un des plus grands auxquels nous nous sommes engagés.
Et enfin, permettez-moi, M. Cristian Tudor Popescu, de vous faire part d `une initiative ici, au Collège 'St. Sava' : il s`agit de l`idée de la constitution des anciens élèves du Lycée 'St. Sava' en fondation. Sur un tel modèle, peut-être, les élèves d`autres lycées pourraient constituer cette solidarité entre les générations, en sorte que ceux qui ont pu tirer profit dans leur vie des connaissances qu`ils avaient accumulé dans l`école respective, aient la possibilité d`aider cette école-là par des dons en bourses ou en livres. Nous devons apprendre qu`il n`y a plus de réponses globales aux problèmes difficiles. Il y a, souvent, des réponses distinctes, spécifiques. Si nous étions capables de rassembler de pareilles initiatives et efforts, probablement que, en fin de journée, comme dit l`Américain, nous allons pouvoir constater avoir réalisé quelque chose.
Je vous remercie beaucoup pour m`avoir invité.
