DECLARATIONS
DECLARATIONS CONJOINTES du Premier ministre de Roumanie, Monsieur Adrian Nastase et du Premier ministre de Hongrie, Monsieur Viktor Orban, à l`issue de la signature du Mémorandum d`entente entre le Gouvernement de Roumanie et le Gouvernement de la République de Hongrie, concernant la Loi du statut des Magyars vivant en dehors des frontières de la Hongrie, ainsi que des questions de coopération bilatérale
M. Viktor Orban
Je vous salue respectueusement, Mesdames et Messieurs. Je pense, en effet, que M. le Premier ministre de Roumanie, en acceptant de venir ici, à Budapest, nous a fait offert un excellent cadeau, celui de signer notre document. Je tiens à le remercier pour le fait d`avoir bienvoulu venir même juste avant Noël. Naturellement, par ce geste, il m`a donné aussi l`occasion et la possibilité de pouvoir faire, au nom des Hongrois, des v?ux de Joyeux Noël, un Noël paisible et béni et d`Heureuse Nouvelle Année à M. le Premier ministre, à sa famille, à tous les citoyens de Roumanie, Roumains, Magyars et à tous les autres citoyens de Roumanie.
Ne fût-ce que cette occasion et il aurait suffi que nous nous rencontrions, mais nous avons eu aussi certaines questions à discuter. A mes yeux ce fut un entretien qui a eu succès. J`avais eu l`occasion de m`entretenir à plusieurs reprises avec M. le Premier ministre, entretiens au cours desquels nous avons abordé plusieurs questions de ce genre, et je considère que nous les avons bien résolues.
Aujourd`hui j`ai eu le sentiment que nous avons réussi à trouver la réponse et à résoudre les problèmes qui tiennent à la Loi des Magyars qui vivent en dehors des frontières hongroises, ce qui justifie nos espoirs qu`à l`avenir nous pourrons continuer de renforcer les relations entre nos deux peuples.
Je me réjouis du fait que, outre cette loi, nous avons pu aborder aussi d`autres questions. Je peux vous dire que nous nous sommes penchés, sans exception, sur les questions qui concernent nos deux pays : économiques, investissements, soutien mutuel de minorités de nos pays, des plans économiques et investissements futurs. J`estime que, malgré les discussions et les difficultés, les relations roumano-hongroises ont un bel avenir, en sorte que les Magyars ont des raisons d`être optimistes, non seulement pour leurs succès, mais aussi du point de vue de l`évolution des relations roumano-hongroises. Je tiens, à la fois, exprimer mes remerciements à la Roumanie et au Gouvernement de la Roumanie, à M. le Premier ministre personnellement, parce que nous pouvons être de bons partenaires dans la résolution des questions communes.
M. Adrian Nastase:
Mesdames et Messieurs,
C`est avec un particulier plaisir que je commente, avec vous, les résultats d`une visite particulièrement utile. Je voudrais, avant tout, remercier Monsieur le Premier ministre Orban pour m`avoir invité et pour l`hospitalité qui nous a été accordée ici, à Budapest.
Cet entretien et la signature du document d`aujourd`hui représentent un exemple d`approche responsable d`un thème difficile, mais qui, par volonté politique, a pu être résolu par une formule appropriée de compromis. Je me félicite que de notre délégation fassent partie aussi les représentants de la communauté des Magyars de Roumanie. Ceci prouve, d`une part, qu`en Roumanie la gouvernance s`appuie sur le soutien, sur la collaboration avec l`UDMR et, d`autre part, qu`au plan international nous pouvons assurer une relation équilibrée et une meilleure transmission des messages.
Les discussions d`aujourd`hui avec M. le Premier ministre a abordé en effet toute la gamme des relations bilatérales. Nous avons décidé, notamment, de revitaliser l`idée d`un sommet annuel au niveau de Premier ministre, nous avons décidé de célébrer les cinq ans depuis la signature de l`Accord bilatéral politique de base, y compris par des actions d`ordre économique, d`investissements, au niveau des communautés des affaires, tout comme au plan culturel. Nous avons parlé de nombreux aspects concrets tenant de projets ponctuels, d`une manière particulièrement constructive.
Pour ce qui est de la Loi du statut des Magyars vivant en dehors des frontières de la Hongrie, nous avons réussi conjointement à trouver des solutions à ce qui représentaient des objections du Gouvernement roumain liées à l`application de cette loi en Roumanie. C`est pourquoi nous avons consigné dans ce document qu`en ce qui concerne les Magyars de Roumanie, citoyens roumains, il n`y aura pas de problèmes quant aux droits économiques et sociaux et, dans une formule ingénieuse, pratique, nous avons élargi l`application de l`Accord pour les ouvriers saisonniers, en éliminant ce qui paraissait, ou peut-être même était, une discrimination sur la base du critère ethnique. Nous avons considéré ensemble que nous pouvons, y compris compte tenu du Rapport de la Commission de Vienne, éliminer les mentions concernant les parents familiaux qui ne sont pas d`ethnie magyare. Et, enfin, nous avons estimé ensemble que la procédure de délivrance de la carte de Magyar doit se dérouler en Hongrie et, dans certaines conditions bien établies, aux consulats magyars, évidemment toujours des extensions territoriales de l`Etat hongrois.
Cette entente d`aujourd`hui nous aide à attendre le jour du 1er janvier prochain dans des circonstances dénuées de tensions. D`ailleurs, dans un délai de six mois le Mémorandum que nous avons signé prévoit une modification, un réajustement de la législation, y compris de la Loi en question. Je voudrais souligner, finalement, que l`on a compris très correctement que nos objections à l`égard de la loi ne sont pas dues à certaines réticences à l`application et à la réalisation des droits culturels aux standards européens pour les minorités de Roumanie, y compris pour la minorité magyare. Au contraire, nous pensons que ces droits doivent être soutenus, chaque Etat, y compris l`Etat roumain, est appelé à promouvoir et à soutenir l`identité culturelle, spirituelle, ethnique. L`enjeu des relations bilatérales roumano-hongroise est, cependant, beaucoup plus important, c`est pourquoi nous sommes disposés à examiner attentivement tout projet qui pourrait faire en sorte que tous les citoyens de nos pays, quelle que soit leur ethnie, puissent mieux vivre, mieux se connaître, mieux voyager d`un pays à l`autre.
Je voudrais souhaiter à M. le Premier ministre, à sa famille, au peuple hongrois Heureuses fêtes et l`accomplissement des projets pour l`année à suivre !
Question : - Monsieur le Premier ministre Viktor Orban, une fois éliminée de la Loi du statut la discrimination entre les citoyens roumains d`ethnie magyare et ceux d`ethnie roumaine concernant les droits économiques et sociaux, qu`est-ce qui est encore resté de la Loi du statut ?
M. Viktor Orban : - Lorsque la Loi fut élaborée, nous avons considéré que la Loi ne contenait pas d`éléments discriminatoires. La seule suspicion à cet égard fut celle mentionnée aussi par M. le Premier ministre de Roumanie, au sujet des questions économiques, donc qu`en ce qui concerne les questions qui ne tenaient pas à l`identité de la personne, la Loi aurait fait une discrimination entre les citoyens de la Roumanie quant aux effets de son application. Naturellement, nous avons accepté ici la position, en deux étapes, de la partie roumaine : d`une part, le ministre des affaires étrangères de Roumanie nous a demandé, dans une lettre, même avant l`adoption de la Loi, qu`en ce qui concerne le soutien accordé aux investisseurs roumains, il n`y ait pas de différences entre les citoyens roumains sur la base de critères ethniques.
Dans l`esprit de la même logique, nous aurions souhaité accorder certaines formes de soutien aux entreprises, mais nous avons accepté les suggestions de la lettre de M. le Premier ministre en remettant, cependant, au Parlement une variante de projet de loi qui ne contenait pas cet aspect. Ce fut le premier cas où nous ayons tenu compte d`une demande venue du Gouvernement roumain. Après l`adoption de la Loi, il y a eu encore un aspect contesté par la partie roumaine, à savoir, si nous allons faire une différence, dans l`application de la loi, entre les personnes qui arrivent de Roumanie et entrent sur le marché du travail en Hongrie : nous avons estimé que ceci pourrait se résoudre car, à nos yeux, cet aspect ne faisait pas partie des dispositions importantes de la loi, mais le Gouvernement roumain nous a priés de stipuler cela.
Compte tenu que l`UDMR a considéré acceptable, étant d`accord avec la position du Gouvernement de la Roumanie, nous nous sommes dit qu`il fallait ajuster cette loi, sans, toutefois, éliminer cet aspect de la loi, mais en stipulant qu`il est besoin d`un accord bilatéral pour que les Roumains puissent bénéficier des dispositions de la loi, en sorte que la question de discrimination est annulée, nous n`allons rien prendre à personne, au contraire, nous donnons aussi à d`autres quelque chose et, ainsi, de cette manière, nous avons réussi à résoudre la question.
Je dois, toutefois, ajouter que, naturellement, le Gouvernement de la Hongrie n`est pas un employeur, ceux qui viennent de l`étranger sur le marché de travail hongrois doivent s`adresser à ceux qui embauchent. C`est absolument une question de marché du travail, de trouver à travailler. Naturellement, la responsabilité de l`Etat hongrois, comme celle de l`Etat roumain consiste à avoir assez de force afin de protéger les citoyens hongrois, respectivement, roumains, sur le marché du travail, si des difficultés quelconques apparaissent. Naturellement, les lois hongroises assurent cette force et cette compétence à l`Etat hongrois. Nous y avons, bien sûr, trouvé la solution, permettant que les intérêts des travailleurs de Hongrie ne viennent à l`encontre de ceux arrivés de l`étranger, donc une harmonisation des intérêts. Nous avons réglementé ces aspects et ce qui reste sera réglementé par le temps.
Question : - Au sujet de la Loi du statut des Magyars vivant en dehors des frontières de la Hongrie, il y a eu des suspicions au sein des milieux politiques des pays voisins au sujet des communautés magyares qui y vivent, si la signature de ce document met fin, en quelque sorte, à cette suspicion et si l`on met fin à la question soulevée par cette loi.
M. Adrian Nastase : - L`objectif de cette loi, si j`ai bien compris, est celui d`accorder un soutien naturel, dans le cadre des normes européennes, aux minorités magyares des pays voisins, notamment, des pays voisins de la Hongrie. Je ne pense pas qu`il y ait eu de suspicions, si j`ai bien compris la question. Nous vivons tous dans un espace juridique réglementé par des conventions européennes. En ce qui concerne ce domaine, les constitutions de nos pays et la pratique politique de nos pays assurent la promotion et le respect des droits des minorités. Cela ne signifie pas pour autant, que nous devons nous opposer à certaines facilités qui peuvent être accordées en ce qui concerne le maintien et le développement de l`identité spirituelle des minorités, par l`Etat apparenté. Cependant, la règle essentielle, est celle du dialogue bilatéral, des accords bilatéraux, qui puissent permettre la mise en ?uvre de ces intentions et je pense que, par notre entente bilatérale d`aujourd`hui, nous faisons en sorte qu`une intention unilatérale soit circonscrite aux valeurs, réglementations et standards européens.
Quant à nous, nous allons continuer à viser la conclusion de nouvelles réglementations et garanties matérielles destinées à promouvoir et à faire respecter les droits des minorités de Roumanie, y compris ceux de la minorité magyare.
M. Viktor Orban : - Permettez-moi de commencer ma réponse en mentionnant que le but de cette loi est que les Magyars qui vivent en dehors des frontières hongroises trouvent leur raison de vivre. Ce n`est pas l`intérêt de la nation magyare que les Magyars qui vivent à l`étranger quittent leurs terres natales et, dans l`espoir d`une vie meilleure, viennent s`établir en Hongrie. Naturellement, nous y aiderons tous les Hongrois qui le veulent, mais ce n`est pas notre intérêt commun, ni le leur, ni le nôtre. L`objectif de cette loi vise à ce que les Magyars qui vivent au-delà de nos frontières vivent librement, en prospérité, aisance et bonne entente. La loi ne prend rien à personne, au contraire, elle donne, vise à aider.
Pour ce qui est de l`aspect de méfiance, de suspicion, malheureusement, ici, devant vous ne se trouvent que deux pauvres Premiers ministres. Naturellement, aucun d`eux ne peut prétendre forcer l`histoire, car déjà les jeux sont faits. Nous pouvons faire seulement tant qu?humainement est possible. Naturellement, nous ne pouvons pas, par nos décisions, réaliser un tournant, un changement historique, nous ne souhaitons, non plus, descendre dans les profondeurs de l`âme humaine. Nous ne pouvons recommander à nos concitoyens que la sagesse paysanne ancestrale.
Je voudrais, de nouveau porter à l`attention, tant des Roumains, que des Magyars, cette sagesse ancestrale, afin qu`ils pensent les uns des autres comme le font les membres d`une communauté, habitant la même rue du village ou la même localité. La valeur de la maison d`un paysan n`est pas déterminée seulement par son aspect - combien elle est imposante ou les riches matériaux dont elle est bâtie - mais aussi par la qualité des voisins, aspect qui influence fortement sur la valeur de la maison.
Nous avons constaté que la Hongrie, la valeur de la Hongrie continue d`être appréciée aussi dans un rythme ascendant uniquement quand nous avons des voisins qui ont des succès. La ville où nous sommes, Budapest, la valeur de cette ville, de cette capitale augmente aussi si la valeur de Bucarest augmente à son tour, si Bucarest obtient des succès. Naturellement, la valeur des immeubles de Bucarest augmente si le pays connaît des succès. Je ne peux faire que promettre que le Premier ministre de Hongrie, le Gouvernement hongrois et la diplomatie hongroise y oeuvrent et je suis persuadé que, par ces efforts, la méfiance et la suspicion vont disparaître.
M. Adrian Nastase : - Je voudrais y ajouter encore quelque chose. La valeur des investissements en Hongrie, dans l`esprit de ce que vient de dire M. le Premier ministre, sera mieux protégée si la Roumanie devient membre de l`OTAN. C`est pourquoi il existe une disposition dans notre Mémorandum stipulant que la Hongrie s`engage à soutenir la candidature de la Roumanie à l`OTAN et je voudrais en remercier beaucoup M. le Premier ministre.
Question : - M. le Premier ministre Viktor Orban, de quelle manière pouvez-vous imposer au nouveau Parlement magyar l`obligation de modifier la Loi du Statut conformément aux recommandations, aux dispositions de l`actuel Mémorandum ?
M. Viktor Orban : - Je serais très heureux et très satisfait si je pouvais donner une réponse complète à cette question, mais je ne peux pas le faire. En cherchant la réponse à votre question je peux soumettre à votre attention deux aspects. Selon mon appréciation, dans un délai prévisible, il ne peut arriver des changements radicaux dans la vie politique, c`est à dire j`ai confiance dans le fait que, même dans six mois, ce sera toujours moi qui devrai donner une réponse à votre question, mais, naturellement, nous appartenons tous à ce peuple.
L`autre aspect, que je soumets à votre attention est le fait qu`en ce qui concerne l`adoption de cette loi, il y a eu un consensus parlementaire presque total : environ 95% des parlementaires ont approuvé la Loi. Les partis non-gouvernementaux, que j`ai également informé à temps au sujet de nos pourparlers actuels, ne m`ont pas autorisé donner des déclarations à leur nom, je ne le ferai pas, mais je peux vous dire que lorsque nous avons signé ce Mémorandum j`ai eu des raisons bien fondées de croire que je signe ce document non seulement au nom des partis parlementaires, du Gouvernement, mais aussi au nom du peuple hongrois tout entier et j`ai essayé de faire de mon possible dans les coulisses pour me convaincre à ce sujet que j`ai raison de le faire.
Question : - M. le Premier ministre Viktor Orban, est-ce que cette disposition concernant l`élargissement de la possibilité de trouver du travail sur le marché hongrois est aussi en liaison avec d`autres pays voisins et est-ce qu`il sera besoin aussi que soient signés des documents pareils avec d`autres pays voisins ?
M. Viktor Orban : - Les questions liées à l`embauche sont réglementées par des accords bilatéraux, mais, naturellement, si nous parvenons aussi à une entente avec d`autres voisins, bien sûr, mais ce document ne le prévoit pas. Il y a, également, un autre volet que je porte à votre attention, sans y insister, c`est la question slovaque de l`embauche. Je tiens à mentionner qu`actuellement, en Hongrie, vivent des Slovaques qui disposent d`une carte de Slovaque. Les citoyens Hongrois qui possèdent de telles cartes peuvent être embauchés sans aucune limite en Slovaquie. Nous pouvons avoir des discussions avec la Slovaquie à cet égard. La situation est fondamentalement différente de celle avec la Roumanie.
Au sujet de la mise en ?uvre d`autres ententes, je peux vous dire que nous sommes ouverts, nous nous sommes efforcés de parvenir à une entente avec tous nos voisins, nous avons essayé de tenir compte de leurs points de vue et positions, nous y sommes parvenus avec d`autres pays, soit sur la base d`ententes verbales, soit, comme ce fut le cas des amis roumains, sur la base d`une entente écrite et il y a des partenaires avec qui la question est encore ouverte, mais la Loi entre en vigueur à partir du 1er janvier 2002 et sa mise en application commence aussi là où nous ne sommes pas parvenus à une entente. Je peux dire que nous avons réalisé cette entente au dernier moment et que nous ne comptons plus sur d`autres ententes pareilles, mais je peux compter sur les doigts d`une main les Etats avec lesquels nous ne sommes pas parvenus à une entente.
