Thème: Lundi, le 10 juin 2013
„L`Allemagne tire profit des Roumains qui ont émigré”
Question : M. le Premier ministre, les relations entre les Gouvernement de Berlin et de Bucarest sont tendues. Berlin a critiqué durement votre démarche de l`année dernière dans la dispute contre le Président Băsescu. Certains ministres de votre Gouvernement ont attaqué durement l`Allemagne à cause du veto allemand contre l`adhésion de la Roumanie à Schengen, cette première partie de l`année. Quelles sont vos attentes de Berlin ce lundi ?
M. Victor Ponta: Je souhaite utiliser cette visite pour renouveler notre engagement pour un partenariat stratégique avec l`Allemagne. De plus, je souhaite convaincre le Gouvernement allemand du fait qu`en Roumanie la crise politique a pris fin après les élections parlementaires de décembre et par l`engagement convenu entre le Président Basescu et moi concernant la coopération. Tous les deux, le Président et moi-même nous avons appris la leçon ; le conflit entre nous ne fut qu`une défaite. C`est pourquoi nous avons convenu une entente qui assure à la Roumanie la prédictibilité et la stabilité.
Q. : Qu`est que cela signifie pour les sujets controversés comme l`adhésion de la Roumanie à l`Espace Schengen ?
M. Victor Ponta: Je ne recommencerai plus cette discussion. Je suis certain que la décision viendra lorsque la Roumanie, Bulgarie, ainsi que les autres Etats de l`UE sont préparés à cet effet. Schengen est important, mais ce n`est pas la principale priorité dans notre relation bilatérale. Nous déployons des efforts pour remplir nos obligations et cela ne porte pas atteinte aux relations germano – roumaines.
Q. : Un autre élément critique dans les relations germano – roumaines est la migration. Y aura-t-il un flux massif vers l`Allemagne à compter du 1er janvier 2014, au moment de l`existence de la pleine liberté de circulation pour les Roumains ?
M. Victor Ponta: Des études indépendants parviennent à ce résultat clair: Il n`y aura pas de grande vague d`immigration de main d`œuvre de la Roumanie vers l`Europe occidentale. La plus grande partie des Roumains qui ont quitté le pays se sont dirigés vers l`Italie et l`Espagne où la langue, la culture, la mentalité sont similaires avec celles de Roumanie. De plus, la plus grande parti des Roumains qui ont voulu migrer vers l`Allemagne y sont déjà : ce sont surtout des jeunes bien préparés qui travaillent durement et payent leurs impôts. Ils sont utiles à la société où ils vivent maintenant. Leur départ représente pour nous une perte ; nous cherchons à œuvrer en ce sens pour pouvoir maintenir ces gens ici.
Q. : Dans perception allemande, la migration concerne particulièrement l`arrivée des Roms pauvres qui demandent des bénéfices sociaux.
M. Victor Ponta: La solution à long terme consiste à l`intégration des Roms ici, en Roumanie. En ce sens nous avons besoin de soutien financier et d`une stratégie pour une période de 10 à 15 ans. Si elle le souhaite, il est légitime que l`Allemagne lutte contre les abus dans le cadre de ce système social, par de nouvelles lois. Nous le comprenons. Tout ce que nous voulons c`est qu`il n`y ait pas de discrimination des Roumains par rapport aux citoyens des autres Etats européens.
Q. : L`une des raisons pour lesquelles l`Allemagne s`oppose à l`Adhésion de la Roumanie à l`espace Schengen concerne des doutes au sujet de l`Etat de droit dans votre pays. Vous avez critiqué durement le dernier rapport de la Commission européenne qui renforce ces doutes. Est-ce que l CE a présenté de manière erronée?
M. Victor Ponta: Le rapport concerne en grande partie la période antérieure aux élections de décembre 2012, lorsque la lutte contre la corruption se trouvait dans le cadre d`une dispute politique ardue entre la nouvelle majorité parlementaire et le Président. Mais depuis, nous avons fait de grands p[as importants. Et la Commission européenne les a reconnus comme un engagement concernant l`indépendance de la justice et le combat contre la corruption. C`est pour cela que je suis optimiste que le prochain rapport constatera une claire amélioration.
Q. : Dans le Rapport on demande que les ministre pour lesquels l`Agence nationale d`intégrité a constaté des conflits d`intérêts démissionnent. Dans votre Gouvernement vous avez nommé deux ministres contre lesquels il y a des enquêtes en cours...
M. Victor Ponta: Un instant – ceci vise trois ministres du Gouvernement antérieur, qui n`ont plus été nommés après les élections.
Q. : Le Rapport vise explicitement aussi le nouveau Gouvernement, au sein duquel deux ministres font l`objet d`une enquête...
M. Victor Ponta: Oui, mais pas de l`ANI...
Q. : ...
M. Victor Ponta:...mais du procurateur. Il s`agit du ministre des Transports, désigné par notre partenaire de coalition libéral, qui est jugé pour une affaire de 2003 ou de 2004. J`ai affirmé clairement que s`il s`avère qu`il est coupable, il devra démissionner le jour même. Si, au contraire il est innocent, il restera.
Q. : Et il s`agit du vice-Premier ministre de votre parti que l`on accuse de manipulation des élections.
M. Victor Ponta: Il n`est pas encore jugé et j`attends voir si les procureurs vont oui ou non poursuivre les recherches. C`est une affaire ouverte pendant la crise politique de l`année dernière et j`attends la finalisation, d`une manière ou d`une autre. Les deux parties ont utilisé pendant cette crise-là toutes sortes d`armes.
Q. : Donc aussi de votre côté ?
M. Victor Ponta: Oui, naturellement, avec toutes sortes d`armes.
Q. : Le regrettez-vous ?
M. Victor Ponta: Voyez-vous, je ne puis pas dire que je regrette, ce qui signifierait ...Je puis seulement dire que j`ai compris que cette crise politique a été coûteuse tant pour les politiciens, que pour le pays. C`est pourquoi nous devons trouver une voie de la cohabitation avec le Président jusqu`à la fin de son mandat, l`année prochaine.
Q. : Quel fut le rôle de l`escalade du conflit de l`année dernière sur le fait que les procureurs et la DNA ont agi contre certains politiciens importants de votre camp, comme votre mentor, l`ancien Premier ministre Adrian Năstase?
M. Victor Ponta: Aucun rôle. M. Nastase a été condamné et emprisonné pendant mon mandat. Il y a eu l`accusation que nous aurions voulu le faire libérer, mais ce ne fut pas le cas – ce ne fut que l`une des armes de la dispute politique.
Q. : Les procureurs, la DNA et l`ANI ont été soumis à des attaques dures de la part de votre Coalition. Dans l`opinion de l`UE justement ces institutions ont été responsables des progrès contre la corruption.
M. Victor Ponta: Elles ont été estimées par une partie des médias et de la scène politique comme des armes politiques du Président Basescu. Mais je me suis engagé devant la Commission européenne et l`opinion publique non seulement de maintenir le cadre juridique de ces institutions, mais de maintenir dans des fonctions de direction des personnes reconnues au plan international pour leur activité. Et j`ai pleinement respecté cet engagement. Ce ne fut pas facile. Parfois je suis attaqué plus durement que le Président Basescu que je protège ces institutions.
Q. : Au commencement de 2012, il y a eu des protestations dures contre la politique d`austérité du Gouvernement antérieur. Vous avez annoncé pour cette année une diminution de l`endettement à moins de 2,5% du PIB. Est-ce que vous continuez la politique que vous avez critiquée à ce moment-là ?
M. Victor Ponta: Non, mais je comprends combien il et important que la Roumanie maintienne sa discipline budgétaire. Nous ne pouvons pas dépenser davantage, plus que nous ne produisons, ce qui est évident. Avant ma nomination en fonction de Premier ministre, j`ai annoncé que je respecterais les accords avec la Commission, le FMI et la Banque mondiale. Non pas pour recevoir plus d`argent, mais comme une sorte d`assurance pour les investisseurs que la Roumanie poursuivra les réformes structurelles y compris pendant mon mandat. Mais comme une société qui devient de plus en plus pauvre est moins disposée à accepter une discipline budgétaire stricte, j`ai fait supprimer une partie des réductions salariales de 2010 pour les médecins, enseignants et fonctionnaires. J`ai essayé de trouver une voie moyenne qui, jusqu`à maintenant cela a fonctionné : les premiers chiffres pour 2013 sont assez encourageants.
Les questions ont été posées par M. Reinhard Veser.
