Thème: Vendredi, le 7 juin 2013

Le Premier ministre Victor Ponta: Je veux que nous ayons à nouveau un partenariat stratégique avec l`Allemagne

Le Premier ministre Victor Ponta effectuera une visite officielle en Allemagne, les 10 et 11 juin, au cours de laquelle il cherchera à reconstruire les relations bilatérales de confiance d`avant la crise politique de 2012
DW: M. le Premier ministre vous irez en Allemagne après une période pendant laquelle les relations s`étaient un peu refroidies. Et je ne me réfère pas seulement à la crise politique de l`année dernière, mais aussi à certains signaux donnés pendant la campagne électorale et aussi ensuite, relatifs à une coalisation de la Roumanie dans la nouvelle formule politique avec les socialistes européens pour créer un front contre la politique d`austérité. Nous savons très bien que luter contre la politique d`austérité signifiait, en fin de compte à dire : nous sommes contre la politique d`austérité de la chancelière Angela Merkel. C`est pourquoi, je vous demande si votre visite à Berlin représente la révision de vos positions du passé.
M. Victor Ponta: Certainement la visite en Allemagne vise à un retour aux relations bilatérales à un niveau qui a existé les années antérieures et qui, l`année dernière, 2012, suite à la crise politique de Roumanie, a souffert une période de gel, pour ainsi dire. C`est le but principal. Mais, si l`on parle de politiques publiques au niveau national et européen, les chose évoluent constamment et l`on ne peut pas les diviser en noir et blanc, qui est avec les socialistes, qui est avec les chrétiens démocrates. D`ailleurs, j`ai participé il y a quelques semaines à un événement qui, au moins pour moi, fut l`événement le plus spectaculaire de ma carrière : la célébration de 150 ans de la naissance du SPD, événement auquel a participé aussi Mme la Chancelière ! Ce fut une leçon pour moi de politique extraordinaire de haut niveau.
Donc, pour conclure cette réponse :
1. Oui, je veux que nous ayons à nouveau un partenariat stratégique avec l`Allemagne. Il est évident que l`Allemagne et la France sont les moteurs de l`Europe et la Roumanie a besoin des deux pays à la fois.
2. Je tiens à assurer Berlin, tout comme je l`ai fait à Bruxelles, que, au-delà des disputes politiques internes, ma totale et réelle conviction est que la voie de la Roumanie, avec moi ou sans moi premier ministre, est la voie européenne et la voie transatlantique, je tiens à encourager la poursuite des investissements allemands en Roumanie et à dire que la Roumanie, jouissant maintenant de stabilité politique est de nouveau un partenaire essentiel pour l`Allemagne dans la région. Et, en parlant de la région, je pense à la république de Moldavie, aux Balkans d`ouest, à tout ce qu`il y a autour de nous.
DW: Quelles sont les coordonnées du partenariat stratégique dont vous venez de parler ? Ou bien, que devrait faire la Roumanie ?
M. Victor Ponta: La Roumanie devrait coordonner avec l`Allemagne les politiques économiques et sociaux au niveau européen. J`ai participé il y a quelques jours au Conseil européen visant l`énergie, où la position de l`Allemagne et des pays de la zone a été essentielle pour la Roumanie, que ce soit de Nabucco ou de sources supplémentaires d`énergie ; la Roumanie doit se coordonner avec l`Allemagne pour avoir un point de vue aussi coordonné que possible relatif à ce que la Roumanie représente la toute première priorité, à savoir, la République de Moldavie, sa route européenne, soutenir la coalition pro-européenne, soutenir lors du Sommet de Vilnius un accord d`association de Moldavie et là, la voix de l`Allemagne en Europe est évidemment essentielle et les intérêts et la politique de l`Allemagne concernant l`attraction de la Moldavie vers la sphère de l`UE est une politique, à mes yeux, absolument identique à l`intérêt de la Roumanie.
DW: Vous venez de faire un déplacement en Pologne où vous avez parlé avec le Premier ministre Donald Tusk du risque que les pays qui ne sont pas dans la zone euro soient marginalisés au cours d`un approfondissement de l`intégration européenne. Que pourrait faire la Roumanie pour éviter une telle solution ? Ou bien, a-t-elle vraiment l`intérêt de l`éviter ?
M. Victor Ponta: Oui. Je dis que l`intérêt de la Roumanie, tout comme celui de la Pologne, à ce que le groupe soutenant une intégration européenne plus profonde puisse demeurer. Donc l`idée de deux vitesses ou bien la différence entre ceux de la zone euro et ceux qui n`y sont pas encore ne favorise pas, à mes yeux, la Roumanie. La Pologne a mené une politique sage qui a connu le succès, non seulement de développement économique, mais aussi d`élargir le rôle de la Pologne et sa voix au sein de l`UE et je pense que la Roumanie devrait suivre la même direction et, à laide de la Pologne, puis devenir elle aussi une vox importante.
DW: En fin de compte nous parvenons au problème de l`euro. Quant, devrait la Roumanie, à votre avis, y adhérer ? J`ai l`impression que depuis un certain temps vous avez été d`accord avec la perspective du Président Basescu.
M. Victor Ponta: Oui, j`ai accepté aussi la perspective du Président, j`ai accepté aussi la perspective de la Pologne, l`autre grand acteur qui n`est pas dans la zone euro. Ces deux aspects qui doivent s`unir. Tout d`abord, la Roumanie doit être prête structurellement, non seulement du point de vue des critères nominaux : inflation, déficit, dette publique, mais aussi notre capacité de résister à la compétition de la zone euro, car si nous y entrons mal préparés, nous irons à la faillite. Donc, c`est le premier critère que la Roumanie, à mon avis, peut accomplir dans la perspective 2017 – 2018. Le deuxième critère, qui ne dépend pas de la Roumanie, ni de la Pologne, mais des décisions qui sont prises dans la zone euro, à savoir, après la crise financière, après les programmes d`aide au Portugal, à l`Irlande, à la Grèce, à Chypre, la zone euro doit avoir une politique plus coordonnée et plus claire concernant les nouveaux membres. Donc, je pense que l`euro survivra bien à cette crise, mais je pense qu`il y aura inévitablement des changements, à savoir, une politique fiscale et budgétaire mieux coordonnée dans la zone euro et la Roumanie, si elle y est préparée en 2017 – 2018, doit adhérer à la zone euro. C`est à notre avantage de ne pas affirmer, comme la Grande Bretagne « nous ne voulons pas adhérer à l`euro », c`est à notre avantage de nous fixer cet objectif politique et stratégique et, si je ne suis pas trop optimiste, je pense que nous pourrons y être membres en 2018.
DW: Depuis peu, il y a eu au sein du milieu politique roumain une dispute sur le thème ”Les Etats-Unis de l`Europe”. L`USL a été assez réticente vis-à-vis de cette formule adoptée du président Traian Basescu.
M. Victor Ponta: Pas moi. Je suis complètement persuadé que, naturellement, le projet idéique des Etats-Unis de l`Europe aura besoin de beaucoup de temps encore, cependant, je suis convaincu que c`est le projet que doit soutenir tout politicien visionnaire.
DW: Quels que soient les coûts, quelles que soient les cessions de souveraineté ?
M. Victor Ponta: Quels que soient les coûts ou les cessions de souveraineté. Pendant les 50 – 60 ans de construction européenne tous les coûts ou toutes les cessions de souveraineté se sont avérés inférieurs aux bénéfices y compris pour la Roumanie. Je pense que, à compter de 2007, jusqu`à maintenant, la Roumanie a eu plus à gagner, en tant que membre de l`UE, que si elle ne l`avait pas été. Il y a aussi toujours des coûts. Ce fut une illusion que nous n`aurons que des bénéfices, car il y a aussi des responsabilités et des coûts communs. Mais dans l`ensemble, en tirant une ligne, l`aspect idéique est évident. Je pense que pour résister dans la compétition mondiale, l`Europe doit être unie, nous n`avons aucune chance séparément dans la compétition avec les Etats-Unis, avec la Chine...
DW: L`Europe, oui, mais la Roumanie, particulièrement ?
M. Victor Ponta: La Roumanie, en particulier, plus elle est intégrée dans l`UE, tant mieux.
DW: Récemment est venu à Bucarest un analyste américain très connu, George Friedman, qui affirmait que les Roumains manifestent une crainte non naturelle de rester en dehors de l`UE, ce qui les empêchent de concevoir le futur à leur propre compte.
M. Victor Ponta: Je pense que c`est une crainte naturelle, pas non naturelle.
DW: Pourquoi donc ?
M. Victor Ponta: Parce que notre histoire nous a appris que bien souvent nous sommes restés en dehors de la salle où l`on prenait des décisions et que, tout simplement, nous avons dû accepter et appliquer des décisions qui n`étaient pas forcément en faveur de la Roumanie. Je pense, par exemple, au Traité de Berlin, de 1878 ... parfois les choses étaient bonnes pour nous, autrefois mauvaises. Par conséquent, je pense que cette obsession de la Roumanie de ne pas rester seule, isolée est naturelle et, de toute façon il est clair que pour nous, les dix années à venir – je ne sais pas si je puis réfléchir à une plus longue période, la voie correcte est la voie européenne.
DW: Vous venez de dire que la Roumanie a eu plus a gagner de l`intégration européenne, mais il semble que le principal bénéfice fut qu`elle se soit débarrassée du chômage, en exportant sa main d`œuvre. Et c`est déjà un problème...
M. Victor Ponta: Celle-ci est également une réalité. D`autre part, grâce à l`effort de nous intégrer, nous avons fait des réformes structurelles dans le secteur public, dans le secteur énergétique, des réformes douloureuses mais qui en fin de compote, nous ont maintenu la compétitivité.
DW: Actuellement l`Occident est très crispé craignant la migration, la migration en général, mais aussi la migration roumaine spécialement et alors ont peut se poser la question s`il n`y a pas une saturation, non seulement à l`ouest, mais aussi en Roumanie, parce que la migration a aussi des effets pervers, vous avez vu les déséquilibres entre la main d`œuvre et le nombre des retraités, etc. Ne serait-il pas le temps venu que la politique roumaine cherche à stopper cette hémorragie?
M. Victor Ponta: On ne peut pas le faire par des moyens coercitifs. On peut y mettre fin uniquement en encourageant les investissements qui créent des emplois en Roumanie – et je suis un social démocrate qui a compris très bien que les emplois sont créés par le secteur privé, non pas par l`Etat. ! Deuxièmement, réussir, dans les domaines où la compétition la plus grande, celle de la main d`œuvre, à accorder certaines facilités – je parle de l`IT, par exemple : il y a des milliers de Roumains qui peuvent maintenant se permettre de vivre et de travailler en Roumanie, sans partir en Allemagne ou dans Silicon Valley, en obtenant des revenus considérables qu`ils pouvaient obtenir seulement en Occident. Ce n`est pas valable dans tous les secteurs, l`IT a un régime spécial...
DW: Mais il y a des médecins qui s`en vont, des assistantes médicales..
M. Victor Ponta: Là, il y a une compétition à laquelle, à court terme nous n`avons pas de solution réaliste. Lorsque nous pourront payer un médecin en Roumanie au niveau dont il est payé en France, en Allemagne ou en Irlande alors, la situation changera. Ici nous ne pouvons qu`améliorer autant que possible les conditions matérielles et, naturellement, nous utilisons l`élément subjectif, à savoir que l`homme préfère se sentir chez lui. La différence de salaires entre médecins et assistantes de Roumanie et ceux de certains pays occidentaux est tellement grande qu`il est irréaliste d`affirmer que l`on peut résoudre la situation en une année ou deux.
DW: Quelle est votre opinion sur l`affirmation beaucoup commentée du commissaire Günther Oettinger, relative à l`impossibilité de la Roumanie d`être gouvernée ?
M. Victor Ponta: Je ne puis pas dire que la Roumanie est non gouvernable, mais je puis être totalement d`accord, maintenant après une année, que la Roumanie a un appareil administratif très difficilement gouvernable. Et ce n`est pas une question d`une année ou deux, ou que nous l`avons hérité du Gouvernement Boc, mais il y a une situation qui s`est perpétuée, je ne sais pas si c`est de la période communiste, mais certainement après 1990, un conservatisme et une réticence de l`appareil administratif face à tout changement. C`est pourquoi, je me réjouis, quand, d`une part je parviens à faire changer des choses que personne n`a changé durant plus 20 ans, qu`il s`agisse des logements de protocole, des contrats d`Hidroelectrica, de tout genre d`autorités soi-disant indépendantes qui étaient Etat dans l`Etat et je suis extrêmement mécontent en constatant d`autres aspects et des misions que j`assigne et qui sont retardées et qu`on m`explique pourquoi elles sont impossible de mener à bout. Mais, d`autre part, je suis encore persuadé que je dispose tant du pouvoir personnel que du pouvoir politique - et je représente un pouvoir politique extrêmement solide, l`USL. de pouvoir parvenir, durant ces quatre années, à propos de la gouvernance de l`appareil administratif, à faire plus que l`on n`a fait durant ces 20 dernières années. Et je ne croirai plus pouvoir faire, je laisserai rapidement quelqu`un d`autre à le faire.